L'HISTOIRE EN COULISSE
Le Candelabra et l'« or blanc » des Ballestas
Le géoglyphe côtier près duquel le bateau s'arrête, et comment les déjections d'oiseaux marins des îles ont un jour fait tourner l'économie du Pérou.
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En route vers les îles, le bateau ralentit au large de la péninsule de Paracas pour que les passagers puissent admirer le Candelabre : un géoglyphe immense, haut d'environ 180 mètres, gravé dans le flanc de la colline qui surplombe la mer. Contrairement aux célèbres lignes de Nazca, à l'intérieur des terres, le Candelabre a été conçu pour être lu depuis l'eau, et une croyance locale bien ancrée veut qu'il ait servi de repère aux marins. Son âge et sa fonction véritables restent un mystère — balise de navigation, symbole cérémoniel ou autre chose — et aucune preuve solide ne permet de l'attribuer à une culture précise, ce qui ne fait qu'accentuer son étrangeté tandis que vous dérivez à ses pieds.
L'histoire méconnue des îles
Les Ballestas cachent un passé que la plupart des visiteurs ignorent, et il est extraordinaire : pendant une partie du XIXe siècle, les déjections d'oiseaux marins accumulées sur ces rochers comptèrent parmi les substances les plus précieuses de la planète. Le guano — amassé au fil des siècles en monticules qui auraient atteint jusqu'à cinquante mètres de haut — est un engrais naturel d'exception, et lorsque l'agriculture européenne et nord-américaine en fit la découverte, le Pérou se retrouva assis sur une fortune de fientes d'oiseaux.
« L'or blanc » et une guerre
Pendant des décennies, le guano fut la principale source de revenus du Pérou — « l'or blanc » — finançant la jeune république et attirant les convoitises étrangères sur ses côtes. Cette richesse fut aussi source de conflit : la rivalité autour du guano et des gisements de nitrate plus au sud joua un rôle dans la guerre du Pacifique de 1879 à 1883, au cours de laquelle le Pérou perdit des territoires au profit du Chili. C'est une pensée saisissante lors d'une croisière animalière : les oiseaux bruyants et couverts de guano que vous photographiez sont les descendants de colonies qui ont un jour façonné l'économie et les frontières d'une nation.
Les oiseaux aujourd'hui
La frénésie a finalement cédé la place à la conservation. En 1909, une administration fut créée pour protéger les oiseaux et gérer le guano de manière durable, et aujourd'hui les colonies vivent en grande partie en paix, le guano n'étant encore récolté de façon contrôlée qu'environ une fois par décennie. Les îles sont devenues une zone entièrement protégée en 2009, ce qui explique pourquoi personne n'y débarque désormais. La sortie en bateau que vous faites est donc, à sa manière, l'heureux dénouement de cette histoire : les « oiseaux les plus précieux du monde » laissés à leurs rochers, observés à distance respectueuse.